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5 choses que j'ai apprises en organisant un festival à Abidjan

En janvier, j’ai organisé la première édition de LADR ARTS Festival à Abidjan en Côte d’Ivoire. Le festival s’est déroulé pendant trois jours et avait pour but de promouvoir plusieurs artistes ivoiriens et encourager l’éducation des métiers artistiques en Côte d’Ivoire. Le festival proposait: trois types de classes (comédie, photographie et modelling); une activité photoshoot, deux expositions artistiques, un Talent Show et bien sûr l’opportunité de network et rencontrer d’autres artistes. C’était un festival complet et différent de ceux généralement organisés à Abidjan. Globalement, le festival s’est plutôt bien déroulé; même mieux que je ne l’aurai espéré, spécialement quand je pense aux difficultés que j’ai rencontré en l’organisant. Mais comme je dis toujours, il n’y a pas d’erreurs, que de bonnes leçons à retenir pour le futur. Sans plus attendre, voici les cinq choses que j’ai apprises en organisant cet évènement à Abidjan.


1. Une bonne communication prend énormément de temps

La communication est une étape très importante car la popularité de votre évènement dépend souvent de cette dernière. J’ai commencé à faire la com du festival à peu près un mois à l’avance en pensant que ce serait assez. J’étais toujours à Londres entrain de jongler entre mes études, ma carrière et L’Art De Rêver, ce qui n’est pas simple du tout. Cependant, je restais très optimiste: je pensais que les réseaux sociaux seraient un moyen efficace de faire la publicité de l’évènement, et que les Abidjanais seraient contents de finalement avoir l’occasion d’en apprendre plus sur les carrières artistiques... mais malheureusement, je rêvais royalement.


Il est très compliqué de communiquer à Abidjan. Peut importe l’évènement, je vous conseil de communiquer au moins trois mois à l’avance mais idéalement six mois à l’avance. Un autre point important est d’essayer de trouver un sponsor. Je pense que je n’avais pas réalisé à quel point avoir des sponsors était important en Côte d’Ivoire. Il semblerait que les gens y voit une sorte de validation venant de grosses compagnies, ce qui selon moi, ne garantie pas réellement la qualité du contenu de l’évènement. Ce que le sponsoring guarantie en revanche, c’est plus moyens financiers et une meilleure com. C’est pour cela que je vous recommande quand même d’avoir un ou plusieurs sponsors si vous organisez quelque chose à Abidjan, c’est l’un des meilleurs moyens de communiquer et en plus, votre évènement sera jugé plus tendance. Il y’a de bons webzines en Côte d’Ivoire donc essayez de collaborer avec un ou deux d’entre eux, et n’oubliez pas de poster quotidiennement sur les réseaux sociaux à propos de votre évènement. Essayez aussi de demander (gentillement) à certaines personnes de partager les informations de votre event. La plus part de ces personnes vous diront ‘Oui’, mais seulement trois personnes sur dix le feront. La com a toujours été la partie la plus difficile pour moi, particulièrement lorsque j’organisais Les Panels Artistiques, parce que je ne connaissais pas grand monde de l’industrie à Abidjan à cette période. Le conseil le plus utile que je puisses donc vous donner est de sortir, rencontrer de nouvelles personnes, et network le plus possible afin que les gens puissent en apprendre plus sur vous et votre projet. Comme partout sur cette terre, vous allez rencontrer des personnes absolument merveilleuses, mais aussi de grands hypocrites, ce qui ne devrait vous stopper en rien. Restez concentrés sur votre objectif final parce qu’avec ou sans eux, vous réussirez.


2. Petit à petit, l'oiseau fait son nid

Si vous êtes aussi ambitieux que moi, vous avez probablement ce problème. Vous pensez au tableau final avant même de penser à acheter les pinceaux, la toile, mélanger les couleurs, et toutes les étapes importantes que vous devez accomplire avant d’avoir un résultat d’une telle qualité. Vous voulez sauter les étapes parce que vous ne vous préoccupez que du résultat final. Je comprends, mais allez-y doucement... inspirez un bon coup et commencez par créer un PLAN d'attaque. Soyez stratégiques, constants et ouverts d'esprit. Steve Jobs, Conna Walker, ou encore Gary Vaynerchuk, n'ont pas eu leur succès du jour au lendemain. Il faut du temps, de la volonté et de la patience. Ne négligez pas les petites étapes qui, malgré le fait qu'elles soient ennuyantes, sont très bénéfiques pour vous éclaircir sur ce que vous faites et où vous voulez aller.


D’un point de vue plus pragmatique, il est important de souligner qu’Abidjan est une des villes les plus chères d’Afrique de l’Ouest. Il est donc essentiel de prendre en consideration les coûts de l’organisation de tels évènements, qui peuvent varier selon plusieurs facteurs: la location de la salle, le coût du DJ, du photographe ou encore du traiteur, sans compter la décoration ou encore les paquets cadeaux pour vos invités... Vous pouvez assez rapidement dépenser des millions de FCFA. Si votre compagnie a le budget, bien sûr faites ce qu’il y’a de mieux! Mais si c’est le contraire, allez-y petit à petit. Soyez créatifs et faites en fonction de vos moyens. J’ai d’ailleurs été agréablement surprise et inspiré par la simplicité et la créativité de l’évènement organisé par Afro Spirit (@afrospirit), ‘Street Afro Work’. Il était destiné à mettre en lumière certains artistes Ivoiriens, et je pense que le défi a été amplement réussi. L’Art De Rêver n’a pas encore soufflé sa première bougie; il est donc normal qu’en voulant accomplir des choses que même de plus grandes organisations ne font pas, je rencontre plus de difficultés. Mais j’ai appris de mes leçons et je sais aussi que notre prochain évènement sera sûrement moins ambitieux. Si vous appliquez cette manière de penser à vos projets et/ou votre entreprise, je suis sûre que vous profiterez plus de chaques étapes de votre parcours et créerez des merveilles.


3. Déléguer mais compter principalement sur soi-même

Triste à dire (et écrire), mais je ne veux pas que vous soyez deçus, bien au contraire je veux que vous soyez PRÊT à réagir à toutes éventualités. Si vous avez déjà une équipe, ne faites pas attention à cette partie de l’article. Si vous n’en avez pas, et que vous faites le gros du boulot seul/e, alors cette partie devrait vous intéresser. Premièrement, j’aimerais vous féliciter d’avoir le courage de vous lancer dans l’accomplicement de vos projets personels. C’est très dur à faire, mais la récompense en vaut la chandelle. Deuxièmement, sachez que vous n’êtes jamais vraiment livrés à vous-même. Il est normal de parfois avoir cette impression mais ne paniquez pas! C’est dans ce genre de situation que vous devez, au contraire, vous concentrez sur les personnes qui vous aiment et souhaient sincèrement vous aider: votre famille, vos amis proches, votre mari ou femme peut importe. Je comprends la difficulté de trouver des personnes a qui vous pouvez vraiment faire confiance, simplement parce que c’est un processus qui demande du temps et beaucoup d’énergie, mais il est essentiel pour votre santé mentale de vous sentir supporté et épaulé.


Le secret est de ne jamais hésiter à demander de l’aide. La pire chose qui puisse vous arriver, c’est le refus; et croyez-moi quand je vous dis que vous n’en mourrez pas. Non! En faite, la pire chose qui puisse vous arriver, c’est lorsqu’une personne vous promet qu’elle va vous aider mais ne le fait pas. Voilà pourquoi vous devez être prêts à agir et régler la situation efficacement. Soit en trouvant une autre personne pour vous dépanner, soit en faisant la chose vous-même. Si vous êtes vraiment organisés, vous devez déjà avoir un Plan B. Nous avons aujourd’hui la possibilité de devenir autodidactes dans une multitude de sujets à travers des livres, internet ou en regardant Youtube. Il existe aussi des sites web très utiles comme Skillshare.com ou Udemy.com, où il est possible d’apprendre par exemple à utiliser des logiciels tels que Photoshop ou Final Cut Pro. Faire les choses soit même peut être d’un grand avantage quand vous savez ce que vous voulez. Cependant, encore une fois, n’hésitez pas à déléguer. Parfois, lorsqu’on essait de tout faire en même temps, on finit souvent par ne rien faire du tout.


4. Adapter ses idées à la population visée

Ce point touche spécialement ceux qui ont eu une éducation multi-culturelle. Par exemple, grandir en Afrique et étudier en Europe. Naturellement, votre vision du monde sera unique et propre à votre expérience du monde. Néanmois, lorsque vous créez un projet, vous devez l’adapter au pays où vous l’organisez afin que ce dernier ait plus de valeur au près de sa population. Cela semble logique, et pourtant je me suis moi-même retrouvée à vouloir faire des choses qui se font à Londres à Abidjan.


Par exemple, j’ai eu l’idée de l’activité photoshoot en pensant aux différentes collaborations que j’ai faites à Londres avec des photographes. Je pose et eux mettent-en-scène le shoot qu’ils utiliseront pour leur portfolio. J’ai donc pensé que cette activité pouvait représenter une très bonne opportunité de collaboration entre mannequins et photographes. Cela me semblait être une bonne idée qui pousserait les gens a créer ensemble. Le problème n’est pas l’idee en soit, mais plutôt le fait qu’elle ne soit juste pas appropriée à la ville. Je me souviens avoir rencontré un blogueur qui m’a confié que certains mannequins n’avaient pas les moyens d’embaucher un photographe pour cette occasion. Remarque à laquelle j’ai répondu: “Pourquoi embaucher? Pourquoi ne pas demander de l’aide à leurs amis photographes?” Il m’a en gros répondu que ce genre de pratiques étaient peu commune.

J’ai trouvé ça hyper triste... mais là n’est pas la question. J’aurais simplement dû faire de meilleures recherches, au lieu d’assumer qu’un concept pouvait réussir basé sur mon expérience dans une autre ville. Je vous conseille vraiment de faire vos recherches et d’apprendre comment fonctionne le marché que vous visez, spécialement quand votre projet touche une cause sociale. De plus, ne soyez pas frustrés si les gens prennent du temps pour démontrer de l’intérêt à votre projet. Il faut des années, parfois des siècles pour changer des mentalités. Continuez à faire ce que vous faites, et vos efforts paieront.


5. Ne jamais abandonner!

Je sais que vous avez déjà entendu ça, mais je pense que la répétition est pédagogique. Comme je l’ai mentionné ultérieurement, l’organisation de ce festival n’a pas été facile parce qu’il était un peu trop ambitieux... mais pas seulement. Si vous ne le savez pas déjà, en Côte d’Ivoire, et même je dirais en Afrique de l’Ouest plus généralement (sûrement?), les gens parlent beaucoup. Ce qu’ils aiment par dessus tout, c’est vous donner leur avis, spécialement quand vous ne l’avez pas demander. On s’y habitue vite. Par contre, ceux que je trouve gênant et ennuyant, ce sont les personnes qui ont le temps de pointer du doigt tous les problèmes de votre projet, mais qui n’ont pas le temps de proposer, ou juste essayer de proposer, des solutions à ces dit problèmes pour vous aider à vous améliorer.

Le fait pour l’organisateur d’avoir l’impression de croûler sous des problèmes sans solutions peut être très décourageant. J’aime qualifier ce type de personnes de ‘Ennemy of Progress’ (Oui, Nollywood m’inspire). Entourez-vous de personnes qui veulent votre Bien. Le type de personne qui attire votre attention sur un aspect de votre projet que vous pouvez améliorer, en vous offrant une solution à laquelle ils ont eux-même pensé. Des personnes qui vous soutiennent et vous encouragent sincèrement. Choisissez bien les conseils que vous voulez écouter et appliquer à votre projet, mais comprenez aussi que vos idées ne sont pas toujours les meilleures.


Le plus important est de toujours se souvenir des raisons pour lesquelles vous faites ce que vous faites. Lorsque j’ai fondé L’Art De Rêver, je n’avais aucune idée précise de ce que je faisais, et encore moins, où je voulais/pouvais aller. Mes seuls objectifs étaient de changer les préjugés existants sur les artistes en Afrique et éduquer les populations sur les carrières artistiques. Je me disais que si je pouvais aider une ou deux personnes alors ma mission serait accomplit. Malheureusement, lorsque j’étais à Abidjan entrain d’organiser LADR ARTS Festival, j’ai plusieurs fois voulu abandonner parce que j’avais oublié mes motivations premières. J’ai dû me remotiver et me rappeler que ce festival ne m’était pas destiné du tout. C’était le festival de toutes ces personnes à Abidjan qui rêvent d’être acteur, chanteur, mannequin, mais qui n’ont pas la chance ou les opportunités de le devenir. J’ai donc refusé d’abandonner, et je suis très contente de ne pas l'avoir fait car je n'aurais pas eu la chance de voir la joie des artistes qui exposaient, ou encore l'énergie des élèves dans ma classe de comédie. L'atmosphère de partage et de générosité qui reignait pendant le festival a été pour moi une belle récompense.


Conclusion: si un projet vous tient vraiment à coeur, faites-le. Arrêtez de trouver des excuses. Faites avec vos moyens, soyez créatif et entourez des bonnes personnes. Courage et bonne chance!


Si vous avez des questions, ou si vous pensez que L'Art De Rêver peut vous aider à réaliser un projet, envoyez-nous un email: contact.lartderever@gmail.com

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