• MA.C

Yi-Baï & Hermann: le Talent VS le Monde Artistique Ivoirien.

Mis à jour : 12 avr. 2018

Pendant mon séjour à Abidjan en Décembre 2017, j’ai eu la chance de travailler avec

Yi-Baï Bapes et Hermann Wilfried Boni, deux talentueux acteurs ivoiriens qui ont acceptés de partager avec nous leur expérience de la scène artistique en Côte d’Ivoire.


Yi-Baï, 25 ans, et Hermann, 24 ans, sont des artistes multi-talentueux. Yi-Baï, elle, est chanteuse, danseuse, actrice et model plus size et pour couronner le tout, c'est une technicienne en génie civil bâtiment. Quant à Hermann, il est acteur, chanteur et journaliste.

J'ai eu la chance de les voir plusieurs fois sur scène et j'encourage toutes personnes résidant à Abidjan, d'essayer d'assister aux nombreuses comédies musicales auxquelles ils participent. Je suis d'ailleurs heureuse d'annoncer que Hermann a déjà réalisé un de ses rêves puisqu'il a pu produire sa propre comédie musicale qu'il a présenté hier (7/4/2018). Félicitation à lui! Un bel exemple qui prouve encore une fois que quand on veut on peut.



MA.C : Avant de commencer l'interview, je voulais déjà vous remercier d'avoir accepté de venir! Et ma première question est bien sûr comment êtes-vous entrés dans le milieu artistique? Je sais que vous touchez un peu à tout: vous êtes acteurs, chanteurs, toi Yi-Baï tu es model photo... Dites-moi comment tout cela a commencé?


H.W.B : En tant que bon gentleman, je vais laisser Yi-Baï commencer.


Y.B : [rigole] Merci Hermann! Je vais dire que j’ai commencé depuis que je suis dans le ventre de ma mère, parce que déjà enceinte, ma mère m’emmenait sur scène. Les gens pensaient même que c’était une calebasse peinte à la teinte de son corps qui avait été placée sur elle. Elle faisait des spectacles de comédie musicale principalement, donc on peut dire que j'ai ça en moi depuis le cordon ombilical. Je n’ai pas vraiment choisi, le métier de la scène m’a choisi. Mon premier spectacle en tant que personne physique je l’ai fait à 4/5 ans. C’était principalement à titre distractif, pour l’amour de la scène, parce que j’ai toujours aimé les strass et les paillettes, [rigole] cela a toujours été ma nature!


MA.C : [rigole] Donc l'art est vraiment inné chez toi! Et toi Hermann?


H.W.B : Je ne dirais pas que je l’ai depuis le cordon mais tout a commencé lorsque j'ai rejoint la chorale de mon église. J’étais le seul homme qui chantait basse et étant nouveau, j'avais un peu de mal à suivre. Donc le maître d'orchestre m’a appris tous les chants, et plus on travaillait ensemble, plus il observait que j’apprenais vite. Ma voix s’améliorait aussi. C’est à partir de là que nous avons commencé à faire des concerts ensemble. Mais ma première réelle expérience sur scène, c’était pour le Fashion Circus avec Paule-Marie Assandre que

Yi-Baï aussi connaît, ici à Abidjan. Et c'est là, que j’ai vraiment voulu continuer la scène en ajoutant la comédie et la danse à mon art de base, le chant.


MA.C : Vous avez chacun eu un début de carrière différent! Yi-Baï, je suppose donc que quand tu as annoncé à tes parents que tu voulais devenir une artiste, ils ont accepté plutôt facilement?


Y.B : Non, ç'a n’a pas été nécessairement "facile". Parce que quand tes parents sont dans le métier ici en Afrique, il y’a tellement de difficultés que même eux, qui ont pu nourrir leur famille grâce à leur art, ne veulent pas que leurs enfants voient les mêmes difficultés. Aucun parent ne travaille pour que son enfant subisse les même difficultés que lui. Mon père en particulier ne voulait pas. En 6ᵉ déjà, je voulais arrêter l'école et commencer à travailler, ou aller dans une école d’art. Mon père a dit "non", il voulait absolument que j'ai le BAC d’abord. Après le BAC, j’ai moi-même compris les difficultés du métier dont me parlaient mes parents donc j’ai dit “Non, c’est mieux je vais aller prendre les diplômes d’abord” [rigole].


MA.C : [rigole] Ah c'est peut-être mieux! Mais qu’est-ce qu’on ton père fait comme métier? Lui aussi est artiste?


Y.B : Il est technicien de lumières, et ma mère étant artiste, chanteuse-danseuse-peintre, c’est une famille d’artistes mais malgré ça, mon père voulait des diplômes. En même temps, il savait aussi que c'était naturel chez moi de chanter à tue-tête dans la douche, de danser partout; du coup il m’a toujours laissé faire en me rappelant que le plus important c’était toujours l’école. Donc j’ai commencé à jongler entre les deux: après les cours à 17h, j’allais en répétitions pour des spectacles jusqu’à 22h et puis je rentrais étudier. Au début c'était fatiguant mais j’aimais tellement ça que je ne pouvais plus m'arrêter.


MA.C : Oui c’est normal, c’est ta passion du coup ton instinct te disait que tu faisais la bonne chose. Et je trouve ça super que si jeune tu saches déjà ce que tu voulais faire. Perso, je savais que c’est ce que je voulais faire mais c'est très tard que j’ai eu le courage de le faire.


H.B.W : Moi aussi j'ai été dans le même cas que toi. J’ai toujours été quelqu’un qui voulait tout essayer et donc au lycée, j'étais dans plusieurs clubs à la fois, qui ne concernaient pas forcément l'art. Mais à force de regarder des comédies musicales, écouter de la musique, mon amour pour les comédies musicales a grandi en moi. Et mes parents savent que je suis têtu, donc même s'ils me disaient "Non", j’ai toujours suivi mon coeur parce que j’adore ça. Je vois une certaine crainte dans les yeux de mes parents; ma mère qui a assistée à mon premier spectacle et qui d’ailleurs a adoré, me demande toujours: "Mais est-ce que tu auras une assurance? Est-ce que tu pourras te construire une maison si tu deviens un artiste? Est-ce que, est ce que..." Et moi, j’ai peur aussi, mais je ne pense pas à tous ces soucis. J’essaie d'établir une bonne carrière et je travaille tous les jours pour prouver à mes parents que je peux vivre de ma passion aujourd’hui.



MA.C : Aww, c’est beau! Je pense que les artistes, on est souvent partagés entre l’amour de notre passion et l’incertitude d’un jour atteindre nos objectifs. Peut-être que le plus important, c’est de vivre les moments pleinement, sans penser à tous les soucis autour, sinon tu peux vite abandonner. Je suis jeune mais parfois j’ai l’impression que j’ai attendu toute ma vie, est-ce que vous avez déjà eu ce sentiment?


H.W.B : Je me dis que si j’avais toujours su que je voulais devenir artiste, je ne serais sûrement pas journaliste. Mais en même temps, si je n’avais pas été journaliste, je n’allais pas devenir la personne que je suis aujourd’hui ou rencontrer les personnes qui sont dans ma vie actuellement. Et puis le journalisme m’a donné une certaine aisance à la caméra et de l’assurance. Est-ce que j’aurais pu avoir tout cela directement en rentrant a l’INSAAC (Institut National Supérieur des Arts et de l'Action Culturelle), je ne sais pas. Mais l’important c’est de dire "Aujourd’hui, j’ai pris la decision de changer ma vie, de me réinventer, vivre de ma passion, qu’est-ce que je dois mettre en place pour réaliser mes rêves, comment faire pour être rémunéré, qu’elle image dois-je donner sur les réseaux sociaux?". Mon projet de 2018, c’est de travailler sur mes réseaux sociaux pour que quand les gens me voient, ils pensent directement que je suis un artiste. Je sais que le mot "artiste"est un peu vague mais il faut éduquer les enfants sur le fait qu’être artiste est une bonne chose.


MA.C : Absolument! Éduquer les enfants comme les parents d’ailleurs sur les métiers artistiques. Quelles sont pour vous les plus grandes difficultés du métier d’acteur à Abidjan?


H.W.B : Trouver des plateformes d’expressions qui nous conviennent. On n’a pas les informations pour les castings et ça nous rend la tâche difficile.


Y.B : Je pense que la vraie difficulté, c’est la négligence qu’ont les acteurs envers ce qu'eux même font. Souvent, tu te rend au casting, et on te propose un cachet qui n’assure même pas tes factures de courants. Et on te demande de signer un contract qui dit que quand la série ou le film sortira, tu ne pourras rien demander sur les retombées du projet.


MA.C : Jure?


Y.B : Je te jure ! (C'était le moment ivoirien de l'interview) Et si tu ne signes pas, quelqu’un d’autre va le faire.


MA.C : Bien sûr, il y’aura toujours quelqu’un pour te remplacer et ça c’est partout.


Y.B : C’est vrai mais par exemple au Burkina Faso, les acteurs ont établi une grille tarifaire, donc les services que tu demandes auront le même prix peu importe où tu te rendras. Ils sont très organisés, ils se sont fixés un salaire. Et je te parle d’une expérience vécue parce que j’ai demandé à 6 personnes différentes qui m’ont donné le même tarif. Ce n'est pas normal que les artistes ivoiriens se mettent en tête qu’ils doivent travailler gratuitement. Même si on joue un rôle de figurant, on devrait être payé. C’est eux (les producteurs et metteur-en-scènes) qui ont besoin de nous!


MA.C : Il y’a des gens qui vivent de leur travail de figurant et c’est dommage qu’ici tu ne puisses pas faire la même chose.


Y.B : Même le transport n’est pas assuré. Si tu es à Cocody pour un tournage par exemple et que tu viens de Port-Bouët, ils peuvent te donner seulement 2 000 FCFA…


H.W.B : Alors que 2 000, ça n’assure pas le voyage du tout.


Y.B : Exactement, tu es obligé de compléter cette dépense de ta poche. Je pense que c’est ça la vraie difficulté. Les acteurs ici sont légers. Et déjà que les autres ne respectent pas ce qu’on fait, c'est important que nous même, nous nous prennions au sérieux. On dit “On t’achète au prix auquel tu te vends”... Vendons nous bien! Les seuls pays qui essaient vraiment sont le Nigéria et l’Afrique du Sud je pense.


H.W.B : Oui, les pays anglophones. Mais le Burkina Faso se débrouille quand même surtout dans le cinéma. Ils produisent beaucoup de pièces de théâtre… Ils font beaucoup d’efforts en général.


Y.B : C’est vrai! Les gens consomment leur culture au Burkina. Ils vont au cinéma regarder leurs propres films et c'est ça qui est bien.


MA.C : Les nigérians sont soudés c'est pour ça que leur industrie marche bien. Leurs chanteurs par exemple créent beaucoup de musique ensemble. Peut-être qu’en Côte d’Ivoire, on manque beaucoup de cette idée d’ensemble et d'unité mais bon, on y croit c'est quelque chose qu'on peut changer.

Pour finaliser l’interview, parlez-moi de vos plus grands rêves, les rêves les plus fous que vous avez!


H.W.B : Dans l’immédiat, j’aimerais plus m’affirmer en tant qu’artiste. En faisant des vidéos, en écrivant des articles, poster plus sur les réseaux sociaux. J’aimerais monter ma propre comédie musicale ici à Abidjan. J’aimerais aussi redynamiser les clubs de musique dans différents lycées mais bon ça je le ferais quand je consacrerais toute ma vie à l’art.


MA.C : Et après… Broadway?


H.W.B : [rigole] Oui! Il FAUT que j’aille à Broadway même si c’est pour nettoyer le parquet ou ouvrir le rideau, il faut que j’aille à Broadway.


MA.C : Non non non, tu es une star tu seras sur scène!


H.W.B : Oui, mais je vais tellement bien ouvrir le rideau qu’ils vont vouloir me mettre sur scène. C’est comme ça qu'il faut penser parce que tu as toujours des petits rôles d’abord mais il faut les faire tellement bien que tu deviens la vedette du show.


MA.C: Je suis d'accord, il n’y a pas de petits rôles, seulement de petits acteurs. Si l’écrivain t’a inclus dans l’histoire, c’est que tu as un but à achever et que sans ton personnage, l’histoire serait différente. Et toi Yi-Baï?


Y.B : Moi, j’aimerais avoir ma propre île [rigole]. C’est vrai, j’aimerais avoir une île sur laquelle je vais construire une maison pour ma mère. Une île sur laquelle je pourrais faire tout ce que j’ai envie de faire: chanter, danser tout, sans problème. J'aimerais aussi avoir des dates pendant 6 mois à Las Vegas afin de me produire dans les plus grands casinos au monde. Voilà mes rêves les plus fous!


MA.C : Super! Plus nos rêves semblent fou, mieux c’est! En tout cas, merci à vous deux d’avoir participé à la première interview de la plateforme. J’espère que votre témoignage inspirera des personnes à ne plus avoir peur de vivre de leur passion parce que pour moi, vous représentez déjà un espoir pour ceux qui ne croient pas que c’est possible.


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PHOTOGRAPHIES:

Marie-Ange Camara


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REMERCIEMENTS:

Élie Kacoutié et sa mère qui nous ont permis de réaliser le shoot dans leur magnifique Hôtel Particulier d'Abidjan. (Instagram @hotelparticulierabidjan)

Cheikna Diawara qui est toujours prêt à m'aider et me supporter dans mes projets.

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